jeudi, mars 30, 2006

Les grèves contre le CPE suscitent l'incompréhension aux Etats-Unis

Le CPE,

tout un programme et je vois que le sujet a été traité en long, en large et en travers par les médias français. Vu d'ici, je dois d'abord dire que je parle de la chose quasi-quotidiennement avec des gens de l'université (prof ou étudiants) qui se demandent ce qu'il se passe -encore- en France. Ils sont assez impressionnés par la capacité française à faire la grève aussi massivement, faisant autant de bruit avec une mobilisation si impressionnante.

Sur le fond du sujet, c'est-a-dire le CPE lui-même, ils n'en disent pas grand-chose puisqu'ici c'est la "précarité de l’emploi" n’est pas une notion directement mobilisable, du moins pas dans le sens où on l’entend en France. En effet, dans un pays où la liberté de licencier est grande, le risque de perdre son emploi est potentiellement élevé pour tous et il n’y a donc pas véritablement de statut stable à l’aune duquel la précarité puisse être évaluée.

C’est en fait sur le thème plus général de la qualité de l’emploi que porte le débat. Or, ce qui définit un good job, c’est non seulement un "bon salaire" mais aussi le bénéfice de dispositifs de protection sociale, qui aux Etats-Unis sont largement attachés à l’emploi.


Quant aux medias (ambiance générale, il y a des exceptions), on trouve l'habituelle rengaine de la France feignante, toujours pleurnicharde, prompte au protectionnisme et passéiste dans un monde - et une Europe - qui ne se pose même pas ce genre de question de savoir si on doit protéger plus ou moins. L'employer doit s'adapter point .
Par ailleurs, les images de grèves montraient les casseurs plus que les manifestants eux-mêmes, occasion de souligner un argument en vogue ici que la France est infestée de méchants islamistes potentiellement terroristes...

Voilà l'ambiance outre Atlantique!

4 commentaires:

Gaet a dit…

Les manifs et autres grèves contre le CPE suscitent de l'incompréhension aussi en pologne où je suis, même si d'un point de vue culturel, la Pologne est assez proche de la France (par rapport aux USA). C'était déjà le cas avec les flambées de violences dans certaines banlieues de France en novembre dernier juste au moment de mon arrivée à Cracovie. Alors, on m'avait demandé si il y avait des problèmes de sécurité en france, si on pouvait encore y aller et se ballader dans Paris en sécurité, etc et j'en passe et des meilleures. Les médias en France ayant réalisé un travail extraordinaire pour monter l'affaire en épingle, ce qui s'était reflété dans les médias étrangers, et par conséquent dans l'esprit de mes collègues polonais.

Aujourd'hui, c'est le CPE et ses mouvements de grève, de manifs d'étudiants. Il y a 3 semaines, j'étais en Russie et on m'a demandé quand est-ce que les gens travaillaient en France et qu'est ce qui prenait les gens de descendre dans la rue et de tout casser. J'ai bien eu du mal à faire comprendre à mes interlocuteurs que c'est normal, et que d'une certaine manière, ça fait partie de la façon de faire en France (son bon vieux côté révolutionnaire). Il a été difficile de faire comprendre que les français deviennent de plus en plus anti-réformistes et qu'ils s'accrochent à un système qui s'essouffle et qui a besoin de se renouveller.

Par ailleurs, même de loin dans la communauté de français VIE, je vois une certaine incompréhension, il suffit de lire certains forums sur le civiweb pour s'en rendre compte (http://www.civiweb.com/forums.asp?action=communaute&rub=3&topicid=1&messageid=60877&nbmsg=59 ceci en est un très bon exemple).
Dans un autre registre, si tu ne l'as pas déjà lu, j'ai bien aimé cette tribune du Monde sur la capacité de la france à accepter les réformes (bien sûr il n'y a pas que ça dans ce papier) : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-752119,0.html

Voilà, je crois qu'il n'y a qu'en France qu'on pense encore que tout va bien en France. Mais bon comme d'habitude, on passe pour des charlots.

Gaëtan (un ancien camarade de lycée, addicted to your so good blog)

mireille a dit…

Alors cécile, je sais que tu en as discuté avec Jean que nous avons vu hier soir, et que tout cela t'intrigue, mais quand même je réagis face à l'incompréhension étrangère (car Gaëtan et toi maintenant êtes des étrangers ...)
C'est sur que comme l'a vécu Jean aux Us ou le vit en ce moment Gaet en Pologne (il est bien placé pour en parler puisqu'il bosse en DRH) notre immobilisme est dur à percevoir vu de l'extérieur...
Mais est-ce que pour autant nous, français, qui avons ce code du travail et dont nous sommes fiers devons nous en séparer pour laisser place à un libéralisme total ? Alors vous allez dire en France on ne peut pas réformer ...
Est-ce que nous voulons le système américain ou anglais ou tout le monde est considéré comme une marchandise jetable à volonté ? Il faut que l'on se batte pour maintenir la "condition humaine" pour laquelle se sont battus nombre de gens au siècle passé me semble-t-il, on est reparti sur un système de croissance, les entreprises font des profits, alors pourquoi perdre nos acquis sociaux ???

Renaud Delaplace a dit…

Certes cela ne rentre pas dans le débat purement pro ou anti-CPE, mais quand tu vois les méthodes utilisées par le gouvernement (49-3 pour ne citer que celle-là), ça donne pas envie d'approuver cette réforme.
Mais je te conseille vivement le lien , tu y trouveras le blog d'un avocat contenant plusieurs remarques interessantes. J'espère que ça t'interessera.
http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2006/04/03/318-enrons-en-resistance-republicaine
Renaud

Anonyme a dit…

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